février 08 2011

Quel avenir pour le personnel administratif : coup de projecteur sur un rapport très discret

Par webmaster IATOS

Chers collègues du secteur administratif, vous allez vous exclamer : « Enfin, des experts qui parlent de nous ! » Mais l'effet de surprise est vite remplacé par l'inquiétude comme vous allez le lire ci-dessous ! Chaque année, le ministère de l'Education Nationale (MEN) est destinataire d'un rapport établi durant l'été par l'inspection générale de l'administration de l'Education nationale et de la Recherche (IGAENR) à partir des notes qui lui sont envoyées par ses correspondants académiques. Cette synthèse,  dont la dernière a été remise cet été au ministre, a pour but d'alerter ce dernier sur les difficultés éventuelles de la rentrée de septembre (en l'occurrence celle de 2010) et de lui présenter la situation générale observée dans les académies.

Ce rapport très intéressant qui traite de l'ensemble du système éducatif (1er et 2nd degrés) présente, semble-t-il pour la première fois, explicitement les difficultés que connaissent les services de l'Education nationale dans les rectorats et les inspections académiques (IA). C'est cet aspect très méconnu qui sera exposé ci dessous en trois thèmes.

Tout d'abord, à la dernière rentrée, les auteurs du dit rapport confirment la poursuite de la suppression d'emplois administratifs, surtout dans les inspections académiques (IA). Cette tendance touche toutes les académies même sous dotées alors que leur charge de travail ne diminue pas. Pour pallier le manque de personnel administratif, on développe à tout prix la mutualisation des tâches de gestion dans tous les domaines : de la gestion des bourses du 1 er degré à la gestion du personnel… En plus, les rectorats se sont vu confier la mise en place de la formation des futurs enseignants sans recevoir en contrepartie les personnels administratifs (ni d'ailleurs les crédits de fonctionnement) affectés dans les ex-IUFM !

Ensuite, le dit rapport de l'IGAENR déplore que l'administration centrale du MEN sous-estime les tensions apparues dans la gestion des ressources humaines dans les services administratifs. Sans doute, parce que le ministère gère une population à la fois gigantesque et hétérogène. En tout cas, cette mauvaise appréciation se traduit notamment par un malaise récent dans les IA et par les dysfonctionnements du logiciel CHORUS.

Face au surcroît de travail et à l'omniprésence de la notion d'urgence qui pèsent sur le personnel administratif, sans oublier les incertitudes sur l'avenir des IA, bon nombre de ces collègues préfèrent trouver un poste en EPLE tandis que certains cadres cherchent une meilleure reconnaissance professionnelle plutôt dans les universités ou les collectivités locales. En outre, le rapport constate que le personnel le moins jeune connaît parfois des difficultés psychologiques allant jusqu'à la souffrance au travail. N'est-ce pas inquiétant ?

Concernant CHORUS, le rapport est sans concession : « la mise en place des plateformes CHORUS, il y a juste un an, n'a guère tenu les promesses d'efficacité accrue et de plus grande professionnalisation ». Ce constat est aussi partagé par la Cour des Compte pour l'ensemble des services de l'Etat. CHORUS ne serait pas adapté à la fonction publique et rendrait difficile l'utilisation d'interfaces avec les applications traditionnelles de gestion du MEN. Les auteurs du rapport en déduisent que d'une part, les gestionnaires de CHORUS s'ennuient à consacrer 90 % de leur activité à faire de la saisie sur CHORUS et d'autre part, les paiements des factures, frais de déplacements, etc. est largement différé dans certaines académies !

Enfin, d'après ce même rapport, la déconcentration du pilotage du système éducatif se poursuit pour le meilleur et pour le pire ! S'agissant, plus particulièrement, de l'organisation des services déconcentrés du MEN, les auteurs se demandent pourquoi l'administration centrale reste silencieuse devant certaines actions académiques pour, paraît-il, supprimer davantage d'emplois administratifs : les menaces qui pèsent sur le fonctionnement des petites inspections académiques, la décision pour certaines académies de concentrer les divisions d'organisation scolaire ou enfin le rapprochement entre les rectorats et les inspections académiques-chef-lieu.
Dans la mesure où les académies sont devenues depuis plusieurs années l'échelon de gestion majeur du système éducatif, les auteurs du rapport constatent une diversité de plus en plus grande de traitement des problèmes dans la gestion des personnels et se demandent si toutes ces pratiques « permettent bien d'affronter au mieux les difficultés auxquelles le système éducatif est confronté… ». En outre, les mêmes auteurs ne manquent pas d'observer que cette situation multiforme et irréversible ne satisfait pas les usagers du service public de l 'Education nationale qui restent attachés, confusément, à un minimum d'égalité de traitement sur tout le territoire.

En premier lieu, depuis quelques années, une mutualisation de services s'est opérée en faveur des rectorats, parfois d'une IA, sous la seule impulsion des recteurs « patrons » dans leur académie mais pas toujours enthousiastes. Cette course à l'économie d'emplois et de dépenses, par ricochet, affaiblit les personnels et les moyens d'agir des petites IA.

En second lieu, la concentration des divisions d'organisation scolaire (DOS) au rectorat mise en place, depuis plusieurs années, dans plusieurs académies de petite taille soulève de réelles difficultés quant au partage des compétences entre le rectorat et les IA rattachés concernant l'attribution des moyens aux EPLE, par exemple. A l'opposé, des académies de plus grande taille ont fait le choix inverse en déconcentrant à leurs IA le financement des collèges et des lycées avec un double objectif : améliorer le pilotage des établissements et contrôler précisément l'utilisation des moyens attribués (évidemment !). Cette option semble beaucoup plus efficace que la première pour récupérer de nombreux emplois d'enseignants.

En dernier lieu, toujours pour économiser des emplois administratifs, le rapport évoque la tendance déjà ancienne de vouloir rapprocher les services du rectorat et de l'IA implantés dans le même département. Mais cette solution qui n'a jamais été formalisée par des textes réglementaires prend des formes très variées selon les rectorats. Les auteurs craignent que les modèles d'organisation continueront à diverger tant que l'Etat n'intervient pas pour modifier réglementairement les attributions des recteurs et des inspecteurs d'académies.

Pour conclure, la CFTC Education Nationale déplore vivement que l'administration centrale de l'Education nationale fasse peu de cas de son personnel administratif sur le terrain au détriment de la qualité du service public de l'éducation. Et pourtant, le personnel administratif ne fait-il pas partie de la communauté éducative ?

A vous de juger et surtout d'agir à nos côtés pendant qu'il est encore temps !

André SCHLURAFF


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