mai 02 2011

Mastérisation de la formation initiale des enseignants : rapport d'étape

Par webmaster Divers

Dans ce court rapport d'étape sur la formation des enseignants, Jean-Michel Jolion propose des constats peu encourangeants sur l'architecture et l'offre de formation, la place de IUFM, les formations en alternance, le cahier des charges inadapté et le peu d'intérêt du gouvernement pour le devenir des étudiants, reçus ou collés.

Un premier constat
Il est inutile de rappeler l’importance de la formation des futurs enseignant pour toute nation. De même, il est illusoire de penser que cette formation puisse obéir à un schéma immuable dont nous serions seuls capables d’en définir le contenu et les modalités. La société évolue et se transforme, il est donc normal que la formation des enseignants intègre cette évolution. L’expérience internationale nous montre clairement que toutes les nations sont elles aussi impliquées dans des processus récurrents de réforme de cette formation sans pour autant qu’une solution idéale ne fasse consensus entre tous les acteurs. Réformer n’est donc en ce sens pas critiquable.

Cependant, le premier constat qu’il est indispensable de faire est que nous sommes aujourd’hui au milieu du gué d’une réforme de très grande ampleur qui aurait incontestablement nécessité un plus grand consensus amont pour en permettre une vraie réussite. Décriée parce qu’elle a principalement été amorcée pour des raisons budgétaires, cette réforme n’a jamais été mise en situation de pouvoir être élaborée en lien avec l’ensemble des acteurs. Au delà des difficultés inhérentes à toute réforme et à sa phase de construction, cette réforme porte en elle les écueils qui pourront être levés par de simples ajustements.

De même, je me dois de constater que les deux ministères concernés par cette réforme n’ont aucunement mis en place les outils de supervision qui permettraient aujourd’hui d’avoir une vraie connaissance de la réalité du terrain et surtout de la population étudiante engagée dans cette réforme. A titre d’exemple, nous savons qu’en 2009 que 58 % des lauréats du concours PE relevaient de l’IUFM. Qu’en est-il cette année sur les inscrits, sur les admissibles? Comment pouvons nous comparer les évolutions induites par la réforme ? Il me semble donc dommageable qu’alors que le concours est un passage obligé, nul n’en ait profité pour construire par un questionnement très simple (qui aurait pu être joint à la phase de recevabilité des candidatures) le suivi du profil des étudiants qui permettrait par exemple de mieux mesurer les flux relatifs des différentes filières, celles préparant aux concours et celles qui de fait hébergent encore de nombreux candidats aux concours sans les préparer.

Cette supervision pourrait également permettre de mieux interpréter la baisse d’effectifs constatée sur l’ensemble du territoire et notamment dans le secteur Lettres et dans les filières techniques et professionnelles. Cette baisse très importante sur la première année du master (M1) est très préoccupante pour le devenir de certaines filières au niveau M2. Dans certaines filières, on constate une nette réorientation des choix des étudiants vers des filières plus stables et souvent orientées vers les métiers de la recherche. Le stage n’étant pas obligatoire ni valorisé au sein du concours, ce type de stratégie qui conduit à des candidatures libres ne peut que perdurer et renforce un sentiment très net d’un concours complètement déconnecté du métier auquel il est lié et conduira vers le métier de plus en plus de jeunes n’ayant eu aucune expérience professionnelle.

Ce sentiment de déconnexion entre le concours et le métier est unanimement ressenti et regretté par les étudiants qu’ils se préparent au professorat des écoles (PE) ou au professorat des lycées et collèges (PLC).

Pour les filières conduisant aux concours des professorats des lycées professionnels (CAPLP) et de l’enseignement technique (CAPET), l’application de la mastérisation est un élément de très forte fragilisation notamment car elle écarte tout un vivier de candidats issus du milieu professionnel même si les textes prévoit pour ces personnels un ensemble de voies d’accès diversifié. La réforme de cette filière doit aussi pleinement tenir compte de la réforme du lycée technologique qui est engagée et qui conduit à repenser le profil de compétence des enseignants. Peut être plus que toute autre filière relevant de la mastérisation, ces filières doivent pouvoir proposer des modalités de formation diversifiées adaptées à un vivier de candidats qui l’est tout autant. Les ministères doivent donc encourager et soutenir cette diversification.

Ces dernières filières ainsi que les filières liées à l’information et à la documentation seront vraisemblablement les premières à devoir organiser des processus de VAE pour les titulaires désirant obtenir un master et actualiser leurs connaissances. Le secteur de l’information et de la documentation doit aussi adapter son offre pour l’accueil de demandes d’enseignants en reconversion.

Cette dernière filière est incontestablement celle pour laquelle les perspectives d’ouvertures professionnelles sont les plus marquées autour de la médiation des savoirs dans les institutions culturelles (musées, bibliothèques, centres d’art et de création...) mais ces métiers sont liés à des formations existantes et des fois des procédures de concours. Il faut donc être réalistes sur les capacités d’insertion des étudiants dont le projet professionnel initial est d’intégrer l’éducation nationale et pour lesquels ces métiers ne sont que des alternatives.

La filière conduisant au métier de conseiller principal d’éducation (CPE) connaît les mêmes difficultés que les filières les plus professionnelles. De plus, cette filière se caractérise par un très fort taux d’étudiants salariés (100 % dans certaines universités) et souvent au sein même de l’Education nationale (statut d’assistant d’éducation - AED). L’accumulation des contraintes cette année est donc encore plus difficile à absorber pour les étudiants de ces filières et c’est souvent la recherche qui est pénalisée par ce dispositif.


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