mai 13 2011
Mastérisation: audition de la CFTC-Education Nationale par la commission de l'assemblée nationale chargée de faire un bilan
La CFTC se réclame et s'inspire des valeurs sociales chrétiennes indépendamment du libre choix politique, philosophique ou religieux de chacun de ses membres. Elle cherche à promouvoir le Bien commun, en vue de construire une société plus juste et plus humaine. La CFTC fonde ses revendications sur le respect de la dignité de la personne humaine, qui n'aurait qu'une valeur marchande, si elle n'avait pas une valeur spirituelle, et sur la recherche de l'écoute dans une volonté de conciliation. La CFTC-Education Nationale se veut donc à l'écoute de l'ensemble des acteurs de l'Education , non seulement des enseignants, mais de tous les personnels comme des élèves et de leurs familles. C'est dans cet esprit que la CFTC-Education Nationale a souhaité répondre aux questions posées par la Mission d'information sur la formation initiale et les modalités de recrutement des enseignants de la Commission des Affaires Culturelles et de l'Education de l'Assemblée Nationale.
- Mastérisation : un premier bilan sans point positif
Faute de véritable formation professionnelle, nous ne pouvons relever que des points négatifs .
La formation en 5 ans (souvent plus dans la réalité étant donné le niveau des concours) est lourde financièrement pour les étudiants ou leur famille. Il en découle une réduction de la diversité sociale des futurs professeurs, qui ne les prépare pas à affronter la diversité sociale des élèves. Il en découle aussi une baisse du recrutement.
La formation dispensée par les Universités est de haut niveau, mais non adaptée au futur métier des enseignants.
Les «parcours enseignement» de M1 et M2 sont pour les étudiants des parcours du combattant. Ils essaient de concilier une formation de type «master recherche» (cours ou séminaires et rédaction d'un mémoire) avec la préparation des concours (programme disciplinaire spécifique) et avec une pré-professionnalisation théorique et pratique (cours dispensés par l'IUFM et stage en établissement scolaire). Comme il est évidemment impossible de mener à bien ce triple cursus, divers aménagements sont proposés, mais aucun n'est vraiment satisfaisant.
L'année de stage : où est le respect de la personne humaine?
Les professeurs stagiaires de la rentrée 2011 ont été mis en situation d'enseignement sans préparation préalable, c'est-à-dire qu'ils ont été mis en situation d'apprentissage par l'échec partiel. C'est une situation de stress professionnel source de risques psycho-sociaux.
Les stagiaires effectuant un service à un plein temps en face à face avec les élèves n'ont plus le temps de prendre du recul et d'avoir une réflexion de fond par rapport à leurs pratiques. Ils travaillent dans l'urgence et sous pression.
Le temps nécessaire à la préparation des cours n'est pas pris en compte.
La nécessité de la récupération après les cours et la nécessité des temps de repos et loisirs pour l'équilibre physiologique et psychologique de l'être humain sont niées.
La réforme met donc les stagiaires en situation de danger pour leur santé physique et mentale sans oublier les conséquences sur la conduite des classes.
Les signes des effets néfastes de la réforme de l'année de stage ne doivent pas être cherchés exclusivement à travers le chiffre des démissions ou le nombre de jours d'arrêt maladie en cours d'année de stage. Il faudra regarder de près, par exemple :
- l'évolution du nombre de stagiaires signalés en difficulté,
- le pourcentage de stagiaires non titularisés au bout d'un an,
- le nombre de démissions durant la première année d'exercice.
Cette première année de titulaire sera très difficile pour bon nombre de PLC (second degré), car les stagiaires affectés en lycée n'auront eu aucun contact avec l'enseignement en collège et vice-versa. S'ils sont finalement affectés dans l'autre niveau, il revivront le même problème de préparation des cours que durant l'année de stage.
Pour la CFTC - Education Nationale, la réforme de l'année de stage est donc clairement une réforme comptable, qui fait des économies de postes en contrepartie de la santé de futurs agents de l'Etat et de la qualité de l'enseignement donné aux élèves.
Inégalités entre le premier et le second degré
Nous avons relevé d'importantes différences de situation des stagiaires et des formateurs selon qu'ils enseignent dans le premier ou le second degré:
- Pas d'équité de rémunération entre les formateurs du secondaire et ceux du primaire (2000 euros pour le second degré, 929 pour le premier degré)
- Pas d'équité entre stagiaires du second degré, qui doivent prendre dès le premier jour de la rentrée un service complet d'enseignement, et les stagiaires du premier degré, qui - au moins en théorie - doivent bénéficier d'une période d'observation et de pratique accompagnée avant la Toussaint, en étant nommés sur des services de remplacement.*
- Existence dans le premier degré de maîtres formateurs certifiés (par un concours spécifique), pas de formation spécifique pour les MAT (maîtres d'accueil temporaire) du premier degré et pour tous les tuteurs du second degré.
Non respect des ORS
Nous attirons votre attention sur le fait que la plupart des stagiaires du secondaire ont dû faire des heures supplémentaires non payées.
Le rapport de la DGRH de novembre 2010 (pages 13et 14) fait état d'importantes disparités entre les académies. En effet, certaines Académies ont prévu des décharge de service devant élèves, mais de façon très variée, et aux justifications diverses.
Le rapport souligne que dans la majorité des cas, le temps de service des stagiaires est égal à l'ORS de leur corps, et que la majorité des Académies a prévu une journée ou une demi-journée de formation par semaine.
Le cas de l'Académie de Bordeaux peut nous éclairer sur le résultat réel de cette situation. Dans cette Académie, à partir de novembre les stagiaires ont bénéficié d'une journée de formation par semaine, le vendredi. Seuls les stagiaires certifiés et PEPS bénéficient d'une décharge de 3h. Ainsi durant la majeur partie de l'année les stagiaires du second degré effectuent un service de 15h du lundi au jeudi, sans compter les heures de présence dans les classes de leur tuteur. Le vendredi, ils suivent une formation d'une journée (6h), formation qui fait partie de leur service de stagiaire.
Les professeurs certifiés et agrégés effectuent donc, dans les semaines comportant 6h de formation le vendredi, l'équivalent d'une ORS de 18h (15h devant élèves et 6h hors présence élèves). Les professeurs agrégés qui ont une ORS de 15h ont donc eu ces semaines là un service correspondant à 18h, sans rémunération supplémentaire. Les textes régissant le service des professeurs ne connaissant que la notion d'horaire hebdomadaire, ils sont parfaitement fondés à demander le paiement de ces heures pour chaque semaine où ils ont effectué leur service et suivi la formation.**
Mastérisation et revalorisation
Il est totalement faux de dire que la mastérisation a entraîné une revalorisation du salaire des enseignants.
D'une part, la «revalorisation» qui consiste à mettre les stagiaires au 3ème échelon les prive en fait de la rémunération de l'année de stage qui se situait la 5ème année après le bac, sans améliorer la suite de leur carrière.***
D'autre part, le recrutement au niveau master des professeurs certifiés et assimilés, sans création d'une nouvelle grille indiciaire, à introduit une distorsion par rapport aux autres corps de la fonction publique d'Etat.
En effet, les CAPES, CAPET, CAPLP, CRPE et l'Agrégation se retrouvent finalement validés au même niveau (Master 2 requis dans tous les cas, au plus tard au moment de la titularisation). Il s'agit d'un diplôme de niveau I.
Avant la réforme, les certifiés et assimilés étaient recrutés par un concours exigeant d'être titulaire d'une licence (diplôme de niveau II), concours qui débouchait sur une grille de rémunération de niveau A.
Dans la fonction publique d'Etat, les concours de recrutement exigeant la possession d'un diplôme de niveau I débouchent sur des grilles de niveau A+ (comme celle des agrégés).
Les certifiés «mastérisés» sont donc privés de la reconnaissance du niveau de leur diplôme de Master : ils devraient être rémunérés selon une grille de type «A+».
La CFTC - Education Nationale regrette profondément cette situation. Elle rappelle que si la revalorisation du métier d'enseignant ne passe pas uniquement par le salaire, celle-ci ne peut être réelle sans une augmentation substantielle des salaires de tous les enseignants, y compris ceux actuellement en poste.
La CFTC - Education Nationale demande que les erreurs commises lors de la création du corps des Professeurs des Ecoles ne se renouvellent pas, à savoir l'existence de deux grilles de rémunération et d'avancement ayant conduit à une discrimination financière et à un blocage de l'avancement des jeunes professeurs lors de l'intégration progressive des Instituteurs.
La CFTC - Education Nationale demande que le traitement des enseignants soit uniquement lié à l'appartenance à un corps, et non au diplôme universitaire d'accès à ce corps.****


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