novembre 24 2010
La fracture linguale…
Les universités françaises, depuis leur autonomie, doivent faire face au marché concurrentiel de la formation dans l'espace européen. L'offre de formation mais aussi la recherche de professeurs conduisent de plus en plus d'universités à dispenser leurs enseignements en anglais.
- Soit que les professeurs ou les contractuels ne maîtrisent pas la langue française, soit que les étudiants viennent de pays étrangers. La loi Toubon du 4 août 1994 avait introduit l'obligation de traduire les documents écrits dans la langue d'oïl mais, devant la mondialisation des savoirs, cette loi apparaît aujourd' hui en porte à faux avec les exigences du marché ou plus simplement les ambitions du ministère de l'éducation nationale. Etre présent sur la scène internationale, proposer une offre visible, accessible, attirer les meilleurs chercheurs est manifestement emporté par la volonté de bien faire.
Pour autant, peut-on se laisser voler la vedette, pour reprendre une expression bien français? En d'autres termes, doit-on, comme au Québec, lutter contre, ou doit-on, comme dans les pays du Nord, se bilinguer. En entrant par la petite porte, l'anglais s'est imposé dans l'enseignement primaire, écrasant l'allemand, l'italien, l'arabe et pour finir dans le secondaire a relégué le russe aux mines de sel. Cette fulgurante ascension a été de paire avec le succès des séries télévisées dans le genre « desperate housewives » ou l'explosion des célèbres fast food. Cette évolution conduit donc les responsables de formation à proposer un enseignement dans une langue universelle pour un public universel..
Après la fracture sociale, la fracture linguale. Apres le latin et les mathématiques, le bilinguisme.
Dispenser et recevoir un cours de philosophie en anglais impose une parfaite maîtrise des concepts. L'enseignement de l'anglais nécessitera pour satisfaire à l'égalité relative des chances une place prépondérante dans l'apprentissage des savoirs et à terme l'oralisation du français. Tout comme le breton, le basque, il rejoindra le corpus des langues folkloriques. Doit-on donner une réponse dans ce long processus qui aura vu l'ordonnance de Villers-Cotterêts du 15 août 1539 à la loi Toubon du 4 août 1994. Peut-on même donner une réponse lorsque tout nous échappe, y compris notre langue?
Igor Deperraz


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